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Les Sorcières d'Ellezelles

Communication avec le diable 
 
Plusieurs fois par an, Benoît Dupuis, de la cellule communication interne de la DPI, laisse tomber le carnet et le bic du journaliste pour enfiler masque, cottes, foulard, tablier et ramon. 
Direction Ellezelles, un petit village du Hainaut occidental où sévissent les terribles Chorchîles !
 
 
 
Photo : Jocelyn Balcaen 
 
A quand remonte la tradition des sorcières à Ellezelles ? 
Benoît Dupuis:
"Au 1e juillet 1972, date du premier Sabbat des Sorcières d'Ellezelles. S'inspirant de données historiques et de croyances populaires, un artiste local, Jacques Vandewattyne, imagina la reconstitution d'un véritable Sabbat au lieu dit "Le Mareû à Chorchîles". Des documents d'archives indiquent qu'à cet endroit, en 1610, "cinq malheureuses femmes, accusées de sorcellerie, furent exécutées par la corde et le feu". Le vent des Collines colporte une rumeur ancestrale selon laquelle plus aucune culture n'a poussé sur cette butte du village depuis ces faits tragiques. Les lieux auraient été frappés par une malédiction." 
 
En quoi consiste le Sabbat ? 
Benoît Dupuis:
"Le dernier samedi du mois de juin, le village d'Ellezelles est en fête. Les sorcières sortent vers 17h30 et commencent à taquiner et à embêter le nombreux public présent. Ces réjouissances battent leur plein jusque 21h00. Après un jet de sortilèges sur la place du village, tout le monde part à pied pour "Le Mareû à Chorchîles". Le diable en personne attend ses mégères pour le grand rendez-vous sabbatique. Tandis que résonnent des musiques lugubres, une cinquante de sorcières arrivent sur la butte, éclairées par les jeux de lumières et les vieilles lanternes qu'elles portent à la main. Après une danse infernale, les sorcières content à Satan les nombreux méfaits accomplis durant l'année écoulée. Rires sarcastiques, philtres diaboliques, bruits de tonnerre... rien ne manque pour impressionner et amuser le public. Ce spectacle connait un succès croissant. Ces deux dernières années, on a dénombré pas moins de cinq mille spectateurs venus de tout le pays et même de l'étranger." 
 
 
Photo : Jocelyn Balcaen 
 
Quels méfaits accomplissent les Chorchîles ? 
Benoît Dupuis:
"Les scènes sont inspirées par l'actualité locale, nationale voire internationale. Des travaux qui perdurent dans le centre du village ? Le dopage au Tour de France ? Ne cherchez plus, les coupables sont connues... (rires)" 
 
Le Sabbat est-il la seule activité des sorcières d'Ellezelles ? 
Benoît Dupuis :
"Non. Le deuxième samedi de septembre, elles animent une promenade nocturne sur le Sentier de l'Etrange. Il s'agit d'une ballade à travers le pays des Collines. Tout le parcours est jalonné de petites statues de monstres, gnomes et autres animaux fantastiques réalisées par le créateur du Sabbat. Bien sûr, les sorcières sont toujours tapies dans le noir, ici derrière un arbre, là dans un buisson, pour mieux surgir et surprendre les visiteurs d'un soir. Frissons et cris garantis!" 
"Mais les sorcières quittent aussi leur bon vieux terroir d'Ellezelles. Elles ensorcèlent également, à la demande, divers cortèges dans d'autres villes ou villages de Belgique ou de l'étranger." 
 
 
Ma charmante collègue Géraldine en fâcheuse posture (Photo: J.Balcaen) 
 
Des souvenirs particuliers d' envols vers d'autres contrées ? 
Benoît Dupuis:
"Oui, il y a trois ans, nous nous sommes rendus dans les Vosges, à Rambervillers, pour le traditionnel cortège de la Saint-Nicolas. Il n'a pas arrêté de neiger. Les paysages étaient superbes et la population très accueillante. Le lendemain, la presse locale écrivait que les sorcières belges sont terrifiantes et que les Vosges n'oublieraient pas leur passage de sitôt..." 
"Et l'an passé, toutes les sorcières de Belgique se sont rassemblées à Vielsam, où sévissent les Macrales locales. Plus de trois cents mégères y ont dansé une salsa d'enfer!" 
 
Comment réagissent les gens qui ont affaire aux sorcières ? 
Benoît Dupuis:
"En général, très bien, même si je suis souvent étonné des réactions apeurées, voire de panique... de certains adultes. Beaucoup d'enfants sont impressionnés et se demandent s'il s'agit de vraies sorcières. D'autres sont tout simplement terrifiés. Dans ce cas-là, on s'éloigne immédiatement et, si nécessaire, nous enlevons notre masque pour leur montrer que nous ne sommes finalement que... de grands enfants déguisés." 
 
 
Photo : Jocelyn Balcaen 
 
Et si, finalement, tout cela était vrai ? 
Benoît Dupuis
: (rires) "Qui sait ? En tout cas, cela donnerait un grand coup de balai dans toutes nos certitudes..." 
 
 
 
En route vers le Sabbat. Dessin de Christian Pieman, un artiste local 
 
 
Troublantes sorcières 
 
Prudence : sous le coup de la colère, les petites fées se transforment en sorcières. 
Voici leur véritable histoire. Parce qu’il serait de réduire Halloween à un vulgaire potiron creusé d’un regard de lumière.
 
 
Autrefois, l’Eglise brûlait les sorcières. Les malheureuses n’avaient généralement rien fait de mal. Il s’agissait de femmes que la nature avait dotées de quelque difformité, de simples d’esprit, de « créatures à la cuisse légère » ou dont la hideur effrayait les villageois. Elles se retiraient bien souvent dans les bois, aux abords des hameaux, vivaient alors des produits de la nature et devenaient, à force, expertes dans l’art de préparer des décoctions aux vertus « magiques ». En les nommant, l’Eglise n’a en quelque sorte rien fait d’autre que de matérialiser un mythe qui remontait à la nuit des temps. En les brûlant comme hérétiques, elle a simplement assassiné des femmes. 
Les hommes les ont diabolisées. Les moines refoulés et les dingues torturaient ces femmes différentes en leur faisant avouer leurs propres fantasmes raconte Pierre Dubois, elfologue et écrivain breton. Historiquement, il n’y a aucune trace de sabbat. Les gens ont tendance à tout confondre : les messes noires auxquelles se rendaient les dames de la noblesse quand elles avaient envie de s’encanailler, c’était du satanisme, du luciférisme. Cela n’a rien à voir avec le mythe des sorcières. 
Laissons donc là ces choses tristes et revenons à nos fées. Parce qu’en vérité, la sorcière et la fée ne font qu’une : la première représente la force obscure de la nature et la seconde en est l’événement positif et lumineux. L’une ne va pas sans l’autre. Fées et sorcières se penchent sur notre berceau : la première dévide le fil de la vie, la deuxième le noue, et la troisième, la mort, la coupe quand notre heure est venue. Si elle est une « fée sombre », la sorcière est aussi et surtout l’élément féminin de la nature. Les sorcières sont en étroite connivence avec les femmes. Elles enfantent, partagent leurs secrets, connaissent les pouvoirs de la lune et de l’eau, parlent aux bêtes, charment les hommes et connaissent les secrets des plantes. Les jeunes filles les consultent quand elles ont un chagrin d’amour ou si quelque problème physiologique les trouble, dont elles n’ont pas envie de parler à un médecin. La sorcière se fait alors déesse, dame de l’onde, esprit des lieux où mère forêt, selon ce qu’on attend d’elle. La manière dont le promeneur, disons plutôt l’homme, va l’appréhender est capitale… 
 
On n’attrape pas les sorcières avec du vinaigre 
 
Les forêt, c’est la vie. Il y a ceux qui la traversent en conquérants et ceux qui passent poliment, sur la pointe des pieds. Si le bûcheron pénètre la forêt avec quelque intention malveillante (l’homme est souvent perçu comme celui qui bousille la nature), s’il n’écoute pas l’esprit féminin des lieux, celui-ci se montre alors « sorcière ». Les troncs d’arbre lui apparaissent ridés, les animaux, toutes griffes dehors, le fixent de leurs yeux rougis, chardons et orties se dressent sur son chemin. La sorcière finira par le dévorer. Par contre, si l’homme vient chercher l’amour, la sorcière se montrera à nulle autre pareille » et utilisera, pour le charmer, tous les bienfaits de la forêt : friselis de l’eau, chant des oiseaux, vent dans les feuillages… Le preux chevalier aura alors accès au jardin d’Eden et tombera inévitablement amoureux de la belle fée. Que l’histoire finisse ici serait par trop facile. L’homme doit encore passer certaines épreuves ; s’il échoue, c’est-à-dire s’il trahit la fée, il retrouvera la sorcière. Il faut bien reconnaître que c’est souvent la curiosité du mortel qui le perd. Ainsi, si la belle fée Mélusine s’échappe par la tour du château et redevient sorcière, n’est-ce pas parce que le chevalier l’observait, par le trou de la serrure, alors qu’elle était encore en train de se transformer en serpent pour fortifier ses pouvoirs ? Elle le lui avait interdit pourtant. 
 

 
 
Halloween ou le mois noir 
 
Les sorcières d’Halloween représentent les forces obscures de l’hiver, la mort de la lumière ; on les appelle aussi « les dames du froid ». Les Bretons parlent du « mistou », c’est le mois « noir » : le mois de novembre, la part la plus « sorcière » de toute la saison. Les gens se déguisent à ce moment comme les sorcières pour se concilier leurs « bonnes grâces ». Ils veulent ainsi se convaincre qu’il ne s’agit que d’un endormissement et non d’une mort véritable. 
Nous touchons ici au mythe de la fée Carabosse qui va endormir Blanche Neige ou de celle qui va piquer la Belle au Bois Dormant et la plonger dans cent ans de sommeil profond, explique Pierre Dubois. Ces personnages sont aussi des fées saisonnières qui s’endorment. Plus tard, la sorcière s’effacera devant la lumière renaissante des petites fées endormies. Autrefois, on se servait des contes de fée pour expliquer le comportement féminin. Il faut bien se dire que les sorcières sont aussi des femmes sans hommes », les premières féministes en quelque sorte. D’ailleurs, l’un des premiers groupes féministes européens avait appelé son journal « Sorcières », avec l’idée sous-jacente « On se réveille de nos cendres ». C’est tout dire. 
Aux quatre saisons, les sorcières se rassemblent pour un grand sabbat. Elles dansent avec frénésie, épousent les forces du mal, échangent des recettes, partagent des secrets, comparent sans doute le prix du balai. 
Toutes les régions rurales ont connu la sorcellerie nous explique notre confrère René Henoumont, surtout l’Ardenne et le Hainaut. Les personnes rejetées pour l’une ou l’autre raison se livraient à la sorcellerie en jetant des sorts, préparant des potions. Le sang de taupes et des crapauds, les herbes entraient dans leur fatal bouillon. Elles couvraient les gens de poux et jetaient des sorts aux bestiaux. Les orgies étaient présidées par le diable en personne, dit Grand Jacques, en effigie un taureau à longue queue. En fait, il s’agissait de défoulement sexuel en réaction à l’Eglise catholique totalement dominante. 
 
 
Oeuvre de Watkyne 
 
Mais le diables avec les sorcières aiment pactiser, peut aussi se révéler sous la forme d’un bouc ; il s’agit alors de Pan, le dieu de la nature. Faire la fête du sabbat, c’est réveiller toutes les forces frondeuses ancrées dans la nature. Ce jour-là, les sorcières fauchent leur balai de genêts et de brouissailles. Ce symbole de soumission de la femme (au foyer) devient à ce moment… l’instrument de sa libération et lui donne la force ! Elle le chevauche (connotation sexuelle !) et s’envole sur ces mots : Houp ! Houp ! Riki Rikette, par-dessus les hais et les buissons, vole au Diable et encore plus loin ! 
 
Source : Myriam Bru, avec la collaboration de Pierre Dubois, Le Soir Magazine, 25 octobre 2000. 
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Sur les traces des sorcières près du cap Nord  
 
Quelque part sur le littoral escarpé de la pointe nord de la Norvège, un petit groupe progresse à pic vers une caverne profonde où, dit-on, les sorcières jadis dansaient avec le diable. 
"Imaginez-vous la même chose dans l'obscurité, lorsque la pluie a rendu ces pierres glissantes. Pas étonnant que les sorcières avaient besoin de manches à balai", plaisante une femme. 
Elle fait partie de la centaine de personnes qui participent à une conférence sur les sorcières à Vardoe, petit port de la province du Finnmark sur la mer de Barents, où le thermomètre, en cette fin d'été, affiche des températures négatives le soir venu. Le pôle Nord n'est qu'à 2.000 kilomètres. 
Une trentaine d'individus se rassemble autour d'un feu de bois à l'entrée de "Heksehula", "l'antre aux sorcières" en norvégien.  
L'histoire dit que les femmes accusées d'avoir pactisé avec le "malin" s'y réunissaient au milieu du XVIIe siècle. 
A cette époque, des bûchers essaimaient dans toute l'Europe: 50.000 personnes, presque exclusivement des femmes, y furent brûlées vives. Rien qu'à Vardoe, forte alors de 200 à 300 habitants, presque 30 sorcières périrent par le feu. 
"Compte-tenu de la faible population du Finnmark, la persécution des sorcières y fut sans doute la plus brutale que l'Europe ait connue" , avance l'historien Rune Blix Hagen, de l'Université de Tromsoe (nord-ouest du pays). 
Au fond de la grotte, Mari Moen Erlandsen entonne un "joik", le chant traditionnel des Sames (lapons), peuple indigène de l'extrême-nord européen auquel elle appartient. 
"Nous avons toujours subi de terribles persécutions, nous les Sames (...). Y compris en tant que sorcières", dit cette employée du Parlement same norvégien. 
Environ 20es 138 condamnés pour sorcellerie dans le Finnmark entre 1598 et 1692 étaient en effet des Sames et, parmi eux, une majorité d'hommes, chargés de faire vivre les rites chamanistes, confirme le professeur Hagen. 
Mais chez les Norvégiens non Sames, ce sont bien sûr les femmes qui payèrent, comme ailleurs, le plus lourd tribut. 
Les inquisiteurs infligeaient aux sorcières "l'épreuve de l'eau", consistant à les jeter dans les eaux froides de la mer de Barents pour voir si elles flottaient ou si au contraire elles coulaient, explique Riita Leinonen, qui dirige Hexeria, une agence  
de voyage spécialisée dans l'Histoire, à l'origine de la conférence. 
"Si elles flottaient, elles étaient coupables et on les brûlait là" , relate-t-elle, en désignant une petite colline d'où montaient autrefois les flammes. 
Les croyances en la sorcellerie et les pouvoirs magiques ont quasiment disparu de ce coin du globe mais les chasses aux sorcières ont trouvé des expressions de substitution presque aussi violentes, affirme le socio-anthropologue Jan Broegger. 
M. Broegger évoque l'affaire de Bjung, un petit village du centre de la Norvège où l'employée d'une crèche avait été accusée d'abus sexuels sur des enfants, dans les années 1990, lesquels relataient des histoires stupéfiantes d'orgies et de magie noire, mettant en scène des hommes déguisés et des moutons. 
"Finalement, la moitié du village a été placée en état d'arrestation, y compris le policier local qui avait lancé l'enquête", sous l'accusation d'attouchements et de viols, se souvient M. Broegger. 
Tous étaient innocents. "Ce genre de procès en sorcellerie (...) existe encore", dit-il. (AFP) 
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Rue de la loi. Un samedi soir, les sorcières d’Ellezelles… 
 
Samedi 7 juin, 21h30. De drôles de créatures sortent du bâtiment de Credibel, situé dans la célèbre rue de la Loi, à Bruxelles, où les artistes du Pays des Collines exposent leurs œuvres. 
Aussitôt, elles envahissent le carrefour, sous les regards médusés d’une quarantaine d’automobilistes pressés. Même le samedi à Bruxelles, on n’a guère de temps à perdre, Messieurs Dames. N’empêche. L’amusement succède à l’étonnement et les coups de klaxons qui saluent cette diabolique manifestation non autorisée tout comme les rires sarcastiques des sorcières résonnent dans Bruxelles. Que réclamaient-elles ainsi à quelques pas du bureau du Premier Ministre ? La défiscalisation du carburant de leur balais ? La désignation de l’une d’entre elles à un futur Ministère de la Sorcellerie ? Que nenni, couilles de boucs et langues de vipère. Elles cherchent un endroit où elles pourront taquiner et ensorceler d’innocentes victimes. 
Et elles trouveront ! Direction Etterbeek pour une foire médiévale. Paraît-il que si nous débarquons là, nous serons accueillies à coups de verres de Moinette gratuits. Sus aux philtres magiques, volons mégères. 
Quelle n’est pas ma surprise de voir que cette fête médiévale se situe… entre deux casernes de gendarmerie que je cotoie chaque jour ! Et moi qui ne porte pas l’uniforme, me voici en costume de sorcière devant un corps de garde que je franchis quotidiennement … 
« Rendez-vous a car à 23h10… » avait dit notre sorcière en chef. Nous quitterons les lieux à 1h15, après avoir animé la fête et effrayé les Bruxellois(e)s. Et ils nous l’ont fait boire, leur fameuse Moinette. Jusqu’à plus soif. Espérant sans doute qu’une bière religieuse nous mènerait, nous les maîtresses de Satan, sur le chemin de la rédemption. Tremblez, vous avez échoué et nous reviendrons ! 
Deux jours plus tard, nous sommes sur nos terres d’Ellezelles pour endiabler le traditionnel cortège de la Jean-Jean dou ballon. Et comme pour nous remercier, Satan nous offre, juste devant nous, un groupe de danseuses russes. Toutes des clônes, ou presque, d’Anna Kournikova. Le charme slave dans sa splendeur. Inutile de dire que nous nous sommes toutes essayées aux danses russes. Et si vous voulez en savoir plus, venez le 28 juin à Ellezelles. On vous expliquera… Hihihi. 
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Modifié en dernier lieu le 29.03.2007
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